Poems, Imitations & Translations

Tuesday

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Guillaume Apollinaire
(1880-1918)

from L'Hérésiarque & Cie




Le Passant de Prague

Laquedem riait; nous payâmes et partîmes. Il me dit:

- J'ai été fort content de cette fille et je suis rarement satisfait. Je ne me souviens de pareilles jouissances qu'à Forli, en 1267, où j'eus une pucelle. Je fus heureux aussi à Sienne, je ne sais plus en quelle année du XIVe siècle, auprès d'une fornarine mariée, dont les cheveux avaient la couleur des pains dorés. En 1542, à Hambourg, je fus si épris, que j'allai dans une église, pieds nus, supplier Dieu vainement de me pardonner et de me permettre de m'arrêter. Ce jour-là, pendant le sermon, je fus reconnu et accosté par l'étudiant Paulus von Eitzen, qui devint évêque de Schleswig. Il raconta son aventure à son compagnon Chrysostôme Dædalus, qui l'imprima en 1564.

- Vous vivez! dis-je.

- Oui! je vis une vie quasi divine, pareil à un Wotan, jamais triste. Mais, je le sens, il faut que je parte. J'en ai assez de Prague! Vous tombez de sommeil. Allez dormir. Adieu!

Je pris sa longue main sèche:

- Adieu, Juif Errant, voyageur heureux et sans but! Votre optimisme n'est pas médiocre, et qu'ils sont fous ceux qui vous représentent comme un aventurier hâve et hanté de remords.

- Des remords? Pourquoi? Gardez la paix de l'âme et soyez méchant. Les bons vous en sauront gré. Le Christ! je l'ai bafoué. Il m'a fait surhumain. Adieu!...



The Passenger for Prague

Laquedem laughed; we paid and left. He said to me:

– I was very much happy with this girl and I am seldom satisfied. I remember the same pleasure only in Forli, in 1267, when I had a virgin. I was happy also in Sienne, I do not know any more in which year of the XIVth century, with a married bakeress, hair of which had the colour of gold breads. In 1542, in Hamburg, I was so in love, that I went to a church with bare feet to beg God in vain to excuse me and to allow me to stop. That day, during the sermon, I was recognised and accosted by the student Paulus von Eitzen, who became bishop of Schleswig. He told his adventure to his companion Chrysostôme Dædalus, who printed it in 1564.

– You live! I say.

– Yes! I live a quasi divine life, similar to Wotan, never sad. But, I feel it, it is necessary that I leave. I have had enough of Prague! You’re falling asleep. Go to sleep. Goodbye!

I took the long dry hand:

– Goodbye, Wandering Jew, happy traveller without a destination! Your optimism is not mediocre, and they are mad who represent you as a haggard adventurer haunted by remorse.

– By remorse? Why? Keep peace in your soul and be a bit wicked. Good people will be grateful to you for it. Christ! I derided him. He made me superhuman. Goodbye! ...

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